« Ne me jugez pas sur mes succès, jugez-moi sur le nombre de fois où je suis tombé et où je me suis relevé à nouveau. » – Nelson Mandela

A regarder les divers réseaux sociaux sur lesquels nous passons plusieurs heures chaque jour, tout ne semble qu’être beauté, luxuriance et réussite. Chacun masque ses ratés pour ne montrer qu’une version embellie de lui-même (souvent complètement fausse), comme si finalement, l’échec n’existait pas et ne devait pas exister. Cherchant à se montrer sous son meilleur jour en permanence, la question sensible des échecs fait partie de ces sujets qu’il semble toujours difficile d’aborder. Pourtant, s’il est bien un thème vis à vis duquel nous sommes à peu près tous égaux, c’est bien celui de l’échec, or, dans une société où l’on met la performance sur un piédestal, tant au travail que dans sa vie personnelle, avouer ses échecs est considéré (à tort) comme admettre sa faiblesse et montrer ce qui est classiquement considéré comme de la vulnérabilité.

Une peur irrationnelle du naufrage semble ancrée dans bon nombre de milieux, tant humains que professionnels, ce qui nuit au plein développement de beaucoup d’entre eux. Outre l’absurdité qu’il y a à vouloir se faire passer en permanence pour plus blanc que blanc, occultant les difficultés traversées comme si elles n’avaient jamais existé, les gens ont l’habitude de jeter un regard très sévère sur l’échec professionnel, de telle sorte que lorsqu’un individu se trouve lui-même concerné par ce genre de situation, se remettre d’une telle épreuve ressemble bien souvent au parcours du combattant. L’échec est une étiquette dont on ne se défait que difficilement. Et pour cause, dès notre plus jeune âge, on nous apprend à réussir. L’échec n’est pas une option envisageable dans une société où tous les enfants (comme les adultes) sont mis en compétition.
Pourtant, un individu qui n’a jamais connu l’échec, cela n’existe pas (et celui qui prétendra le contraire fait preuve d’une étrange hypocrisie).

Le dénigrement de l’échec : un processus qui commence dans l’enfance…

« Dans la vie, toutes les réussites sont des échecs qui ont raté ». – Romain Gary

Depuis notre plus tendre enfance, parents et professeurs n’ont trop souvent qu’une idée en tête : la réussite de l’année scolaire. Ils valorisent davantage les étudiants performants, apprennent à régurgiter des informations emmagasinées sans être comprises, dans le seul but d’accéder au niveau supérieur, seule manière de « briller » aux yeux du monde. L’école encourage les comparaisons et, évidemment, stimule la concurrence. Une démarche qui pourrait s’avérer très pertinente si l’échec était valorisé comme faisant partie intégrante du processus de la réussite. Celui qui échouerait apprendrait de ses erreurs et en sortirait grandit, contribuant directement à cette concurrence la fois d’après. Malheureusement, aucun établissement scolaire ne semble chercher à apprendre la gestion correcte des échecs, ou a minima à accepter qu’il fasse partie de la vie. Il serait pourtant temps qu’une telle démarche s’impose, afin d’enseigner que l’échec, loin d’être négatif, est indispensable à notre cheminement vers l’autonomie parce qu’il est la conséquence d’une prise de risques nécessaire, d’une expérimentation, d’une persévérance. Apprendre à gérer l’échec, c’est apprendre à garder la tête haute face à l’adversité, à trouver des chemins inédits pour atteindre ses buts, sans avoir peur des conséquences. Une telle idéologie fait peur, mais elle est pourtant à l’origine de tous les grands succès entrepreneuriaux de ces dernières décennies.

Et puis, disons le clairement, oser entreprendre des projets doit être avant tout un plaisir, et pas une contrainte sociétale de recherche permanente d’excellence. Après tout, on a bien le droit d’expérimenter des choses et en cas de revers, ne pas en faire toute une histoire, voire de trouver même l’aventure rigolote.


Une nécessité sociétale et professionnelle

« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé. » – Socrate

Prendre le risque d’échouer et être capable de dépasser ses échecs prouve une agilité mentale qui va souvent de paire avec une efficacité accrue au travail et dans la vie personnelle. Un échec ne devient alors véritablement un échec que lorsqu’on est incapable d’en tirer les leçons nous permettant de progresser. Pris sous cet angle, l’échec devient alors une façon de développer ses talents et pour y parvenir, il faut agir, prendre des risques, se mettre en danger. Le revers n’est plus perçu comme une défaite mais plutôt comme une occasion qui oblige à se mettre en mode « solution », pour enfin s’engager dans la direction du triomphe.

Il est trop facile de toujours stigmatiser les gens au prétexte de leurs échecs, alors qu’ils ont le courage de prendre le risque de se tromper. Apprenons à valoriser la persévérance de celui qui échoue et qui se relève, et gardons en mémoire que seul celui qui ne fait rien ne commet pas d’erreur. Et comme Oscar Wilde le disait si bien « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles. »