Envisager l’entreprise dans sa dimension environnementale n’est pas une idée nouvelle, loin s’en faut. Dès le début des années 1970, la publication du rapport Meadows sur les limites de la croissance, ainsi que le premier Sommet de la Terre à Stockholm, mettent en lumière l’impact des activités humaines industrielles sur les écosystèmes et la planète. Pour autant, quelques 50 ans plus tard, force est de constater que les entreprises n’ont pas opéré le changement radical qui nous aurait évité d’être aujourd’hui en alerte rouge climatique et planétaire. Nous ne pouvons plus nous permettre de fermer les yeux : il nous faut regarder cette réalité en face !
Cette prise de conscience indispensable doit s’accompagner d’actes, non pas simplement en phase avec les réglementations (clairement laxistes) imposées par les gouvernements (qui se plient aux velléités des lobbies sans avoir le courage politique de s’y opposer), mais en allant bien au-delà. L’impact des entreprises sur l’environnement est réel, lourd et global. Il se manifeste sous plusieurs aspects : les effets néfastes directs (rejets divers, émanations toxiques, non-traitement des déchets, nuisances sonores, etc.) et ceux plus généraux (utilisation d’énergies fossiles, émission de gaz à effet de serre, gaspillage des ressources naturelles, etc.). À l’heure où les gouvernements emploient à tour de bras la culpabilisation des populations en brandissant le spectre des véhicules polluants (en passant sous silence l’impact incommensurablement pire du transport maritime) et du gaspillage d’électricité, ni les médias ni les politiques ne veulent parler haut et fort du rôle des entreprises dans le pillage et la destruction (parfois organisée) de la planète.
En tant que chef d’entreprise, une telle situation me choque. Comment ne pas se sentir une responsabilité envers la Terre qui nous a vu naître et envers les générations qui la peupleront après nous ? Qu’allons-nous leur laisser ? Quelle sera notre excuse pour n’avoir rien fait, alors que nous savions ?
Nous ne pouvons pas remettre constamment tout à demain, en laissant le soin aux autres de trouver des solutions aux problèmes que nous causons aujourd’hui. L’entreprise doit impérativement sortir de ce schéma destructeur visant à dégrader l’environnement dans le seul but de réaliser des profits toujours plus substantiels au service d’une « croissance » totalement déconnectée de la réalité. L’entreprise se doit de sortir définitivement de ce stéréotype pour devenir un lieu de réflexion et de collaboration, d’élévation sociale pour tous, mais aussi de protection de l’environnement et de son écosystème. Il est du devoir des entreprises, qu’elles soient simples PME ou multinationales, d’appliquer des mesures (à leur échelle) visant à prendre soin de ce monde meurtri dans lequel nous vivons, et ce sans attendre ! Car malgré les aspirations de Jeff Bezos ou d’Elon Musk, l’avenir de l’humanité s’écrit dans ce qu’elle fait aujourd’hui, ici-même. Nulle utilité de vouloir conquérir l’univers si nous sommes incapables de simplement préserver la planète sur laquelle nous sommes nés.
Enfants du capitalisme, les entreprises ont oublié quelle était sa fonction première : faciliter les échanges et créer de la richesse. Il n’était pas question d’exploiter jusqu’à la trame les ressources de notre planète, de persister dans l’erreur avec un entêtement puéril face aux catastrophes climatiques qui se multiplient, d’assassiner à petit feu la moitié des populations du globe… Le capitalisme n’était pas une machine à spéculer sur le dos du monde, mais un outil de développement, certes économique, mais aussi sociétal. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Pourtant, les solutions existent : les ONG et les associations regorgent d’idées pour concilier développement économique et préservation de l’environnement. Et si nous regardons les choses avec objectivités, le simple fait de se concentrer davantage sur la bonne utilisation des moyens et un peu moins sur la réduction permanente des coûts (qui est la véritable raison de la crise environnementale que nous traversons), en acceptant que certains « sacrifices » financiers en vaillent vraiment la peine, permettrait de résoudre la majeure partie des torts causés par les entreprises du monde entier.
Les entreprises sont à ce jour les premières responsables de la destruction de la planète. Elles doivent donc faire l’effort de changer leur paradigme afin de devenir les premiers artisans de sa sauvegarde.
Nous n’avons qu’une seule Terre, à nous d’en prendre soin, et tout l’or du monde ne permettra pas d’acheter une planète bis.