A l’heure d’un libéralisme qui a brisé bien des frontières et qui permet aisément de se procurer tous les produits que l’on souhaite à bas coût en les faisant venir de l’autre bout de la planète, il est bon de se rappeler que le prix que l’on consacre à l’achat ou à la fabrication d’un objet (et dans notre cas, d’un livre) a des implications et des répercussions qui dépassent de beaucoup le simple problème du pouvoir d’achat immédiat. Dans la quête effrénée du capitalisme moderne et du dictat du prix le plus bas à tout prix, la France et sa « faible compétitivité » font pâle figure. Un jeu auquel nous sommes au final tous perdants.

Comment ne pas s’inquiéter qu’en l’espace d’à peine 10 ans, plus de 750.000 emplois industriels aient été détruits en France, engendrant dans leur sillon au minimum autant de destruction d’emplois indirects, notamment chez les multiples sous-traitants mais aussi directement dans le secteur des services qui y étaient liés ? Comment ne pas s’inquiéter de constater la déperdition des savoirs, mais aussi les conséquences humaines au prétexte de cette quête incessante du Dieu Dollar (ou Euro) ?

Si le « Made in France » continue de déclencher de l’intérêt auprès d’une population en manque de repères nationaux et a permis à certaines marques de percer, force est d’admettre que le tissu industriel continue à se déliter sans que rien ne soit réellement fait pour arranger les choses. Face à une mentalité passive des pouvoirs politiques qui se sont succédés depuis 40 ans et admettons-le, du public lui-même qui face à un pouvoir d’achat en berne privilégie les premiers prix sans se soucier des implications, c’est aux entreprises elles-même de réagir et de prendre conscience de l’importance qu’il y a à préserver le tissu industriel de notre pays, seul garant pour l’avenir d’une qualité, d’un savoir faire mais aussi d’une condition écologique indispensable pour espérer profiter d’un lendemain. Faire fabriquer à l’autre bout du monde des produits que nous sommes capables de produire au moins aussi bien si ce n’est mieux chez nous est une aberration écologique qu’il ne nous est plus possible d’occulter.

En tant qu’éditeur, je me suis engagé voilà bien des années à privilégier le savoir faire français, imprimant depuis le début en France chaque fois que cela était possible. Même si nous ne représentons qu’une goutte d’eau au sein de l’océan éditorial, nous imprimons aujourd’hui près de 90% de nos ouvrages en France, et jusqu’à 97% en comptabilisant l’Europe. Un chiffre qui trouve sa limite par la disparition déjà actée de certains types d’industries qu’il nous faut désormais rechercher à l’étranger.

C’est aujourd’hui qu’il est nécessaire de prendre véritablement conscience du problème et de mettre en place des mesures concrètes pour changer les choses.