Il y a quelques jours de cela, Le Figaro titrait « Pierre Gattaz avait raison: les entreprises ont bien créé… un million d’emplois en 5 ans« , annonçant fièrement la prédiction réalisée en suivant une politique économique propice à la création d’emploi, grâce à « une véritable politique de l’offre » et à un une refonte « en profondeur le Code du travail« . Et de conclure avec fierté en citant les propos de Geoffroy Roux de Bézieux (nouveau président du MEDEF) lors de son discours inaugural à l’université d’été du Medef « À chaque fois que les pouvoirs publics nous feront confiance, nous répondrons présents », sous-entendant que les entrepreneurs français sont conscients de leur devoir et de leurs responsabilités. « Un simple chiffre pour illustrer mes propos: entre début 2015 et mi 2019, les entreprises privées ont créé pas moins de 936.000 emplois ».

Satisfécit général donc.

Pourtant, derrière ces propos si « perspicaces« , il y a d’excellentes raisons de s’interroger sur le réel impact des politiques économiques françaises, mais aussi (et surtout) sur la réelle « prise de responsabilités » de la part des entreprises françaises. S’il est vrai que jusqu’en 2015  les créations d’emplois ont été très maigres, peut-être est-il bon de relativiser tous ces chiffres en les mettant en perspective des destructions d’emplois occasionnées dans les années 2010 à la suite de la crise économique qui frappa le monde. Si le chômage en France atteint aujourd’hui son taux le plus bas, il ne s’agit que d’un taux le plus bas depuis 10 ans, démontrant par là-même que la France n’a pas « créé 1 million d’emplois », mais qu’au final, elle n’a fait que combler partiellement le trou engendré par la crise. La destruction massive des années 2008 à 2012 fût telle qu’aujourd’hui encore, nous restons bien loin des chiffres de l’emploi de l’époque :

2007 :  3 165 531* chômeurs (pour 40 185 782 actifs)

2019 : 5 579 500* chômeurs (pour 40 890 000 actifs en 2016**)

* Statistiques Pôle Emploi & INSEE
** Statistiques INSEE 2016, les chiffres de 2019 n’étant pas disponibles au moment de cet article)

Des chiffres qui non seulement montrent que la France compte encore 2 millions de chômeurs de plus qu’à l’époque pour moins d’un million d’actifs supplémentaires, mais qui en plus sont à nuancer davantage encore en se rappelant que d’une part le nombre de radiation sans avoir retrouvé de travail n’a cessé d’augmenter depuis quelques années afin de « positiver » les chiffres du chômage, et d’autre part qu’à fin 2018, la France comptait 1 183 000 d’auto-entrepreneurs, exclus donc des bases Pôle Emploi alors même que la majeure partie d’entre eux, confrontés à une ubérisation massive, sont confrontés à une précarité grandissante et gagnent à peine de quoi vivre en travaillant pourtant bien davantage que les 35h traditionnelles.

Pourtant, dans le même temps, le PIB français n’a cessé de progressé, et les revenus des entreprises les plus grosses n’ont cessé de croître, posant de vraies questions quant au réel investissement des entreprises les plus puissantes dans cette lutte contre le chômage.
Si les efforts des entreprises (et notamment des petites) sont bien réels pour tenter de redresser la barre, ce n’est pas dû à la politique économique des divers gouvernements qui se sont succédés, ou aux bons conseils du MEDEF (dont la majeure partie des TPE et PME n’a jamais vu la moindre retombée), mais bien plus probablement à la reprise depuis quelques années du commerce mondial qui favorise et encourage les entreprises à croire en l’avenir (et donc à recruter), les entreprises créées ces dernières années recrutant dans le sillage de leur croissance et venant combler les manques (ou les nouveaux besoins) générés à la suite de la crise. Une véritable politique économique centrée sur les besoins RÉELS des entreprises qui recrutent contribuerait probablement à accélérer cette reprise et cette diminution des chiffres du chômage, mais à ce jour, les mesures prises n’ont été que des mesurettes, annoncées à grands coups de communication et de conférences de presse, mais sans aucun impact réel pour les entreprises qui recrutent véritablement.

Il n’y a donc aucune raison de se satisfaire gaiement de la situation en oubliant les disparités de plus en plus grandes existant entre les différentes classes, cristallisée depuis plusieurs mois par le mouvement des gilets jaunes, ni d’oublier que la situation économique mondiale actuelle est loin d’être pleine de promesses, la récession pointant d’une part le bout de son nez dans plusieurs des plus grandes puissances, et d’autre part les bulles spéculatives que l’on croyait abandonnées à la suite de la dernière crise repartant de plus belle depuis quelques temps, laissant à penser que nous vivrons prochainement une crise plus grave encore que celle des subprimes qui ont plongé le monde dans le chaos il y a une dizaine d’années de cela.

Comme quoi avec des chiffres partiels, on peut faire dire ce que l’on veut….