Pour accompagner l’expansion permanente de l’Alliance Magique, nous recrutons depuis plusieurs mois un grand nombre de nouveaux collaborateurs, ce qui m’amène à littéralement dévorer du CV et de la lettre de motivation de façon quasi quotidienne. Et force m’est de constater que pour une grande majorité, le principe même de la lettre de motivation n’est pas comprise. En discutant avec nos plus jeunes recrues, tout juste diplômées, je me suis rendu compte que cette « mauvaise pratique » semble liée à la façon dont les écoles (et souvent également internet) instruisent leurs étudiants, donnant finalement des conseils en total décalage avec la réalité du vécu d’un recruteur et à ce qu’une entreprise (et donc l’employeur) attend réellement d’une lettre de motivation.

Tout d’abord, il est bon de rappeler que la Lettre de Motivation n’est pas une lettre bateau destinée à réciter des banalités. C’est un élément majeur d’une candidature ! Elle donne de la voix et de la personnalité à une candidature, avant même de rencontrer réellement le candidat.  Elle va montrer le réel intérêt du candidat pour le poste et pour l’entreprise. Face à la multitude de postulants, son rôle est essentiel car il s’agit souvent du premier élément que va lire le recruteur. Et soyons clairs, un candidat avec un bon cv mais avec une lettre de motivation bâclée peut voir sa candidature recalée sans ménagement. A l’inverse, une lettre de motivation très convaincante peut déclencher une prise d’entretien, même avec un CV qui de prime abord semblerait moins fourni.

Une mauvaise lettre, c’est quoi ?

Le standard typique, décliné (et déclinable) à l’infini. Une lettre que l’on a standardisée selon le schéma classique enseigné à l’école :

  • L’introduction,
  • La partie sur l’entreprise,
  • La partie sur le candidat,
  • La partie sur le candidat et l’entreprise.
  • La conclusion, avec la proposition d’entretien.

qui, faute d’explications correctes, devient rapidement un copié-collé du style :

  • du blabla pour parler d’une motivation inexistante
  • un résumé de ce que fait l’entreprise, souvent simplement retranscrit d’une page « à propos » ou « nos valeurs » de l’entreprise (en gros on inverse quelques phrases et on change 2-3 mots du texte original pour donner l’illusion d’avoir réfléchi par soi-même et de s’être intéressé à l’entreprise)
  • du blabla pour résumer rapidement ses expériences passées
  • du blabla copié-collé pour dire à quel point l’entreprise est en accord avec l’ambition du candidat
  • du blabla pour dire qu’on veut montrer « en vrai » ses capacités parce que le papier ben c’est nul

Ajoutez à ça quelques pointes d’humour pour donner un style « hype » et le tour est joué pour obtenir une lettre de motivation qui finira directement à la poubelle sans passer par la case départ.

Bon.

Une bonne lettre, c’est quoi ?

Une évidence tout d’abord, une bonne lettre de motivation ne dépasse pas une demi page word (hors adresses et intitulé du poste). Il est courant de recevoir des doubles pages, mais soyons sincères, à moins que votre lettre soit exceptionnelle et donne envie d’être lue de A à Z, elle va simplement avoir tendance à rebuter le recruteur qui avant vous en a probablement déjà lu 50, et après vous devra encore en lire 100. Pour vous démarquer, soyez concis, synthétiques et efficaces. Dans l’écriture d’un livre comme dans l’écriture d’une Lettre de motivation, il est une règle : faire un premier jet puis retirer tout ce qui est inutile une première fois. Relire, puis retirer encore tout ce qui est inutile. Le trop y est l’ennemi du bien.

Ensuite, plus important encore, une bonne lettre de motivation c’est une lettre qui ne transpire pas l’hypocrisie. Nul besoin de faire du blabla d’une page pour dire à quel point vous êtes motivés, dans le but d’essayer de masquer le fait que vous ayez simplement postulé à 100 postes similaires en faisant à chaque fois un simple copié-collé d’une lettre type où il n’y a qu’à changer l’intitulé du poste et le résumé rapide de l’entreprise. Personne n’est dupe, et surtout pas le recruteur qui va regarder 200 lettres à la suite.
Cette lettre doit refléter qui vous êtes vraiment. Et objectivement, si vous utilisez un texte standardisé et copié-collé, vous donnez juste l’impression d’être un candidat qui n’en a rien à faire du poste, qui n’a aucune motivation et aucun investissement personnel.
Perdu avant même de commencer donc.

Chacun peut comprendre votre envie de trouver un travail pour vivre, dans un marché compliqué qui, pour la plupart des métiers, reste à l’avantage de l’employeur (et qui a peu de chance d’évoluer tant que l’on ne retrouvera pas le plein emploi). Tout le monde peut aussi comprendre qu’il y ait quelque chose de frustrant à candidater 100 fois pour n’obtenir souvent que des refus. Mais en tant qu’employeur ou recruteur, nous attendons la personne qui saura nous convaincre qu’elle veut vraiment rejoindre l’entreprise et qu’elle est prête à s’investir pleinement. Cet investissement personnel est souvent bien plus déclencheur d’intérêt qu’un CV très étoffé.  Mais s’investir pleinement implique alors de le faire dès le départ, en amont de la lettre de motivation, en prenant la peine de se renseigner réellement sur l’entreprise pour éviter de sortir d’affligeantes banalités dans les quelques lignes qui vous sont allouées pour faire la différence.
Ainsi, plutôt que de dire à l’employeur ce qu’il sait déjà sur son entreprise (au risque en plus de dire une bêtise), essayez de montrer que vous vous intéressez réellement à l’entreprise et à son secteur. Prenez un peu de temps pour étudier la concurrence, le secteur, les articles de presse etc. Internet regorge d’informations sur votre futur employeur potentiel, alors mettez ces informations à profit. Selon les postes, il est même possible d’aller plus loin, pourquoi pas en indiquant au recruteur non pas ce qu’il sait déjà, mais en mettant en avant des aspects qu’il ne connaît pas forcément concernant le poste auquel vous aspirez, en lui montrant non seulement que vous avez saisi les enjeux, mais aussi que vous êtes déjà « dans le bain », prêt à prendre le poste et à être efficace dès votre arrivée. Vous montrerez que plus que de simples mots, vous possédez réellement la connaissance et les compétences espérées, en clair, que VOUS êtes le candidat tant attendu.

De la même manière, pour vous présenter, plutôt que de réciter votre CV qu’il pourra lire par lui-même ou d’indiquer des banalités visant à dire à quel point vos expériences précédentes vous ont apportées et vous rendent apte à ce travail, parlez de vous, de ce qui vous motive, de ce qui vous a amené à vous intéresser à ce domaine ou au poste. Inutile de flatter le recruteur ou de faire croire que « j’aime tellement ce que vous faites », rares sont les employeurs avec lesquels ça marche (et si ça marche, c’est inquiétant pour votre avenir dans l’entreprise…). Livrez même des anecdotes si cela est pertinent et vient enrichir votre propos ! Seule l’honnêteté compte réellement, et tout bluff en amont, s’il permet parfois de déclencher un entretien, se retrouve généralement rapidement éventé dès les premières minutes de l’entretien, vous décrédibilisant complètement.

Certains vous diront parfois que le développement des motivations personnelles et de l’entreprise est censé être abordé pendant l’entretien d’embauche. Mais soyons sincères, si vous n’êtes pas capables de parler de vous et de donner envie dès la lettre de motivation, vous n’aurez jamais l’occasion de parler de vous en entretien, parce que vous ne serez tout simplement pas reçu.

Dernier conseil : prenez garde aux modèles types que l’on trouve à tout va sur le web. Ces modèles éculés ont tendance à faire fuir tous les recruteurs qui les reniflent à des boîtes mail à la ronde…

Bref, n’ayez pas peur de vous vendre, mais faites-le de façon intelligente. Mieux vaudra toujours une tête bien faite qu’un ventre bardé de diplômes. Et si vous êtes capables d’allier les deux, alors vous n’aurez aucun mal à décrocher un entretien et à convaincre votre futur employeur !