En me baladant sur Linkedin, j’ai eu le plaisir de tomber il y a quelques jours de cela sur le post suivant, de Jordan Chenevier-Truchet, Consultant en Marketing, qui traitait des périodes de « blancs » dans les CV et de l’aspect malvenu qu’il y aurait à oser, pour un recruteur, aborder le sujet.

Compte tenu de mon propre parcours, à la fois d’entrepreneur (et donc de recruteur par la force des choses), mais aussi personnel avec la maladie (mucoviscidose), la greffe et le reste, il m’a paru nécessaire de répondre à cela pour apporter un autre son de cloche.

Ainsi, si je peux comprendre le point de vue de l’auteur d’origine qui se veut avant tout bienveillant, un tel point de vue me semble pourtant assez triste et significatif de l’époque dans laquelle nous vivons, policée au possible et où toute forme de différence ou tout ce qui dévie légèrement d’un parcours pseudo-rectiligne est immédiatement perçu comme problématique, tant par le recruteur que par le candidat lui-même, ce qui est de mon point de vue probablement encore pire. Cela me rappelle un article que j’avais écrit il y a quelques temps de cela sur la valeur de l’échec, qui se concluait par le fait qu’il est vraiment temps de cesser de faire croire aux gens que la réussite existe sans échecs préalables.

Les trous possibles dans un CV ne devraient jamais être vécus comme des éléments « dérangeants » d’un CV puisqu’en réalité, pour un recruteur comme pour un candidat, il s’agit souvent des éléments les plus importants d’une vie, et ce que ce soit de base à cause d’un évènement heureux ou au contraire difficile. Il faut arrêter de penser à la française, avec une logique qui voudrait que l’on recrute simplement un « poste » et des compétences spécifiques, tels des automates tous justes bons à faire la tâche qu’on leur demande. Un recrutement ce n’est pas juste un emploi, c’est avant tout un humain derrière. On recrute l’humain en fonction certes de ses compétences techniques, mais aussi de ses compétences humaines, ce que l’on se plaît tant désormais à appeler les « soft skills ». Et quelles plus belles « soft skills » que celles issues d’un périple autour du monde, de se marier, de faire des enfants, de traverser une maladie, de perdre un proche ? C’est ainsi que l’on découvre qui l’on est, que l’on découvre ce qui a vraiment du sens pour nous et donc qui fera qu’un candidat aura fait un choix qui a du sens pour postuler à votre emploi.
Je peux parfaitement entendre que certains souvenirs soient difficiles à évoquer pour un candidat, car derrière un « blanc » peut se cacher une douleur encore vive, et c’est au recruteur de faire preuve de tact et d’intelligence émotionnelle dans la manière d’aborder la chose, mais ce sont les épreuves que nous traversons qui forgent qui nous sommes. Nous ne devrions jamais avoir honte de ces épreuves, car cela peut arriver à n’importe lequel d’entre nous, ni vouloir cacher parfois les merveilleuses réalisations humaines qui sont arrivées pendant ces « blancs ».

Et comme je le disais en fin de réponse : Avez-vous vraiment envie de travailler dans une entreprise qui ne respecte pas la personne que vous êtes et les choix ou épreuves que vous avez pu traverser ? Celui qui ne peut pas respecter votre passé n’est pas prêt de vous respecter dans votre présent (et c’est valable tant en entreprise que dans un couple ! ).
Donc attention où vous mettez les pieds.
Vous êtes prévenus 😉